Kyriba
Parution presse- La nouvelle économie dans l'Hebdo Bourse Plus n°395 - 23 mars 2007 PDF

Le spécialiste des logiciels de trésorerie en mode ASP lève 14 millions de dollars - Didier Martin, président de Kyriba SEMEA : "La fraude vient surtout de l’interne et le fait d'avoir tout l’applicatif dehors est finalement beaucoup plus sécurisant que de vouloir avoir des maillons en interne."

On a l’habitude d’appeler le marché du logiciel en ligne SaaS (Software as a Service) ou ASP : Kyriba se positionne comme le spécialiste des logiciels de trésorerie en mode ASP. La société vient d’annoncer une levée de capitaux de 14,4 millions de dollars auprès de la BRED Banque Populaire et GRP Partners, actionnaire historique. Kyriba revendique déjà un statut de leader dans son domaine, avec plus de 100 clients et 5 000 utilisateurs. Il faut savoir que selon une récente étude du Gartner, 25% des solutions d’entreprise à travers le monde seront distribuées sous la forme de SaaS d’ici à 2011. Didier Martin, président de Kyriba pour l’Europe du Sud, le Moyen-Orient et l’Afrique (SEMEA), nous présente ce secteur encore méconnu.

L’Hebdo-Bourseplus : Vous venez de lever 14 millions de dollars. Vous êtes un éditeur de logiciels de trésorerie en mode ASP. Quel est votre positionnement sur ce marché

Didier Martin : Kyriba est une société qui a été créée en 2000 et qui a eu comme première vocation de répondre au marché bancaire, en offrant une solution de gestion de trésorerie. Les banques ont été les premières à faire de l’ASP (utilisation d’un logiciel en ligne), que l’on appelle maintenant le SaaS (qui signifie Software as a Service). Notre premier client était Commerzbank et cela nous a permis de répondre à toutes les contraintes techniques de traçabilité et d'audit de notre solution, qui est aujourd'hui déployée dans les entreprises. Il y a eu une réorganisation de la société courant 2002, avec l’arrivée de Jean-Luc Robert à sa tête. Le lancement réel de l'activité commerciale s'est opéré fin 2003. À ce jour, nous travaillons avec une centaine de groupes corporate opérationnels. Cela peut être des groupes de grande taille, comme Peugeot, Havas ou Colas, mais nous avons également des groupes de plus petite taille, comme Uniross, qui réalise 80 millions d’euros de chiffre d’affaires et qui trouve tous les bénéfices à l’utilisation d'une solution en ligne.

L’Hebdo-Bourseplus : Pourtant, en 2002, il n'était pas encore beaucoup question du développement des logiciels en ligne et il y avait une grande méfiance à l’idée de faire transiter des données sur les réseaux…

Il y a aussi une problématique métier. Dans l'historique de la gestion de trésorerie, en 1990, il y avait des applicatifs locaux avec un outil de communication bancaire et un outil de gestion. En 2000, on a vu se développer de véritables préoccupations de gestion du risque financier (risque de change, risque de taux, etc.) avec la mise en place d'outils centraux au sein des groupes. À ce moment-là, ces groupes ont aussi essayé de gérer la liquidité de façon centrale et ils ne pouvaient s'appuyer que sur des solutions de mise à zéro automatique des comptes proposés par les banques. Avec l'arrivée de l'euro, les contraintes associées aux devises ont diminué en Europe, mais il fallait avoir du cash partout. Les groupes se sont retrouvés confrontés à des problématiques. La mise à zéro automatique des comptes proposés par les banques était pertinente, mais on perdait la finesse du prévisionnel. Les groupes ont donc voulu relancer cette problématique qui consiste à travailler uniquement sur la partie réalisée et en redonnant une visibilité plus large à la partie gestion de trésorerie. Or, actuellement, il n'existe aucun outil qui permette d'avoir une gestion locale de la trésorerie et une gestion centrale de la liquidité. La seule offre reste celle de Kyriba. C'est vrai, il a fallu être visionnaire sur ces problématiques et c'était une approche très pertinente, mais aussi avec un marché extrêmement demandeur. Pour répondre aux problématiques de sécurité, il faut savoir que le trésorier travaille avec des données qui viennent des systèmes d'informations externes et les extraits de comptes sont déjà hébergés à l'extérieur. Quand ils renvoient des paiements, ils renvoient des informations, encore une fois, en dehors de leurs systèmes d'informations, c'est-à-dire dans le réseau bancaire. L'approche sécurité est une barrière psychologique. Mais les entreprises comprennent que l’information vient de dehors et repart aussi dehors… Donc, ce n'est pas une contrainte que de tout mettre dehors. Généralement, on se rend compte que la fraude vient surtout de l’interne et le fait d'avoir tout l’applicatif dehors est finalement beaucoup plus sécurisant que de vouloir avoir des maillons en interne.

L’Hebdo-Bourseplus : Avez-vous été tentés par la fourniture de votre logiciel sous une forme d'hébergement direct dans l'entreprise ?

Même l'informatique interne d'un groupe ne voudrait pas déployer tout cela. Un département trésorerie, c'est autant d'outils de communication que de pays et ce sont des bouts de disponibilité de personnes. Le département, à part la trésorerie centrale, n'a pas réellement de relais locaux à plein temps. Kyriba garantit aujourd'hui un taux de disponibilité de la plate-forme de 98%. Souvent, l'informatique interne n'est capable de délivrer que 95%. Donc, l'informatique interne aurait du mal à avoir des qualités aussi fortes et elle aurait surtout du mal à répondre à des utilisateurs multilingues dans différentes régions. Prenons l'exemple de Colas : c'est l'informatique interne qui a poussé pour une solution en mode ASP. Ils n'ont pas envie de se retrouver avec une communication à gérer dans plusieurs régions et d'avoir à maintenir un produit dont les exigences sont extrêmement contraignantes en termes de temps. Il peut y avoir des conséquences extrêmement importantes, notamment en termes de coûts pour l'entreprise, en ratant un jour de valeur.

L’Hebdo-Bourseplus : Quelle est la taille minimum pour utiliser la solution Kyriba ?

Aujourd'hui, les groupes de 30 à 40 millions d’euros de chiffre d'affaires peuvent être intéressés par une solution en mode ASP. Ils peuvent être confrontés à des problématiques multi-régions et tous les outils que je qualifierai de départementaux ne permettent pas cette gestion multi régions. Lorsque l’on construit un produit en mode ASP, il est construit dans une logique de mise à disposition de fonctionnalités et non pas dans une logique de mise à disposition d’applications. Nous avons des concurrents qui vont pousser la totalité de l’application sur des utilisateurs locaux qui n’ont finalement besoin que de certaines fonctions. Dans ce contexte, l’application apparaîtrait comme beaucoup trop lourde. Or, nous poussons la fonction, ce qui nous permet d’être extrêmement légers en termes d’exploitation. Cela permet d’utiliser une solution sans avoir aucune contrainte d’installation et de maintenance technique.

L’Hebdo-Bourseplus : Cela vous amène aussi à être l’avocat du mode ASP : les entreprises ont-elles de plus en plus tendance à délocaliser leur consommation de logiciels ?

Sur les problématiques de gestion de trésorerie, la grande tendance du marché porte vers l’ASP car l’informatique serait incapable de garantir une mise à disposition d’applications sur autant de régions que nous sommes capables de le faire. Sur la communication bancaire, on commence à le voir, mais il y a potentiellement un peu plus de réticences, même si aujourd’hui les clients qui utilisent notre solution sur la partie métiers arrivent également à passer l’outil de communication bancaire en mode ASP. Mais c’est surtout la partie métiers qui va déclencher le processus. La communication bancaire viendra dans un deuxième temps.

L’Hebdo-Bourseplus : Vous êtes présents en Europe et aux Etats-Unis. Vous venez d’annoncer une levée de 14 millions de dollars auprès de la BRED Banque Populaire. Pourquoi avez-vous choisi cette solution ? Envisagiez-vous une introduction en bourse ?

L’introduction en bourse n’était absolument pas envisagée. Nous avons hésité entre des investisseurs et la BRED Banque Populaire. Finalement, derrière la BRED, il y a une notion de long terme, alors que les investisseurs traditionnels sont naturellement plus orientés sur des logiques à moyen ou long terme. Pour nous, la présence de la BRED dans le capital constitue un gage de pérennité de la structure qui est beaucoup plus important que les fonds d’investissement.

L’Hebdo-Bourseplus : Enfin, un mot sur votre développement, notamment aux États-Unis...

Les États-unis ont une certaine spécificité. C’est un pays qui, même s’il est très avancé technologiquement, paie le plus sous forme de papier. Il y a donc une énorme évolution sur les problématiques de gestion de trésorerie et de paiement à venir. Ils ont potentiellement du retard dans ce domaine… Aujourd’hui, aux États-unis, notre plus gros concurrent c’est Excel ! Donc, nous sommes sur un marché de renouvellement en Europe, tandis qu'aux États-unis nous sommes sur un marché de conquête. Le marché américain commence à se développer très fortement, nous allons monter une plate-forme en partenariat avec IBM et ce sera un facteur accélérateur extrêmement fort. En Europe, le plus gros de notre activité se fait en France et nous avons pour ambition de développer l’Espagne, l’Italie, la Belgique et la Suisse.

Propos recueillis par Yannick Urrien.


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