
Les stablecoins sont devenus une question d'infrastructure de trésorerie

Par Jean-Baptiste Gaudemet
SVP Strategic Innovation LabShare
Le 30 juin, un consortium de plus de 140 institutions, dont Visa, Mastercard, Stripe, Coinbase et BlackRock, a lancé Open USD, une nouvelle initiative de stablecoin à standard ouvert. Il s’agit d’un moment important pour le marché, non pas parce qu’il diminue l’importance des leaders existants du stablecoin comme Circle, mais parce qu’il montre à quelle vitesse l’écosystème des stablecoins s’élargit.
C’est cette dynamique qui mérite notre attention.
Pour les trésoriers d’entreprise, le message n’est pas qu’un modèle de stablecoin a gagné et qu’un autre a perdu. La trésorerie fonctionne rarement en termes binaires. Le signal le plus important est que les stablecoins sont de plus en plus perçus comme faisant partie de l’infrastructure de paiement grand public, avec différents modèles émergeant des émetteurs, des banques, des réseaux de cartes, des fintechs et des plateformes d’actifs numériques.
Dans mes échanges avec les équipes de trésorerie au cours de l’année passée, j’ai remarqué que la question évoluait. Autrefois, elle était : « Avons-nous besoin de comprendre les stablecoins ? » Aujourd’hui, elle est : « Quels modèles devrions-nous évaluer en premier, et comment les gouvernerions-nous si nous les utilisions ? »
Ce changement de vocabulaire est significatif.
Au sein de l’Innovation Lab de Kyriba, c’est exactement ainsi que nous envisageons le marché. Notre rôle n’est pas de choisir un émetteur, un réseau ou un modèle de jeton et de le déclarer vainqueur. Circle reste un acteur important et crédible de cet écosystème. Il en va de même pour d’autres émetteurs réglementés, les initiatives de dépôts tokenisés portées par les banques, les réseaux de paiement et les modèles émergents à standard ouvert. Ce qui compte pour les entreprises, c’est la capacité à évaluer chaque option avec rigueur, à se connecter aux bons services en cas de besoin, et à préserver l’intégrité des contrôles de trésorerie.
Open USD est intéressant car il ouvre une autre voie d’adoption. Si les principaux réseaux de cartes, sociétés de paiement, plateformes d’actifs numériques et gestionnaires d’actifs s’alignent autour d’un standard commun, l’usage des stablecoins pourrait être moins porté par un émetteur unique et davantage par des écosystèmes interopérables combinant distribution, acceptation, liquidité et conformité.
Cela pourrait accélérer l’adoption. Mais cela pourrait aussi accroître la complexité et fragmenter la liquidité.
Un standard commun ne supprime pas les questions que la trésorerie doit se poser. Dans certains cas, il les rend plus aiguës. Qui gouverne le standard en cas de désaccord entre les acteurs du marché ? Quels sont les droits de rachat si la liquidité est mise sous tension ? Ces deux seules questions suffisent à montrer que ce n’est pas qu’une discussion technologique.
C’est un problème de gouvernance.
Le calendrier compte également. Avec l’échéance du 18 juillet pour le GENIUS Act qui approche aux États-Unis, et MiCA qui façonne déjà le marché européen, la clarté réglementaire autour des stablecoins s’améliore. Mais « plus clair » ne veut pas dire « plus simple ». La réglementation peut aider à définir à quoi ressemble un stablecoin autorisé, mais elle ne dira pas à un trésorier si un cas d’usage précis est prêt pour la production.
Les premiers cas d’usage concrets ne sont pas exotiques. Prenons l'exemple d'un fournisseur à Singapour qui souhaite être payé instantanément, hors des horaires bancaires, sans une longue chaîne de banques correspondantes. Ou celui d’un virement intra groupe qui attend actuellement les horaires limites, les fenêtres de change et une réconciliation manuelle. Ce sont des problèmes de trésorerie ordinaires. Le stablecoin n’est qu’un rail possible.
Mais l’épreuve opérationnelle est sans concession. Un directeur financier ne demandera pas si un paiement était « on-chain ». Il demandera s’il était autorisé, contrôlé, réconcilié et auditable. Un auditeur ne se souciera pas que le règlement ait été instantané si l’entreprise ne peut pas prouver qui a approuvé le paiement, quel portefeuille détenait l’actif, comment la valeur a été convertie, et comment la transaction se rattache à la facture, à l’enregistrement bancaire et à la comptabilité
C’est là que de nombreuses organisations sont mal préparées. Elles comprennent peut-être l’actif sur le plan conceptuel, mais elles n’ont pas encore la politique, les contrôles, les flux de travail ou la gestion des exceptions nécessaires pour intégrer l’activité en stablecoins à la trésorerie d’entreprise.
C’est exactement l’écart que le certificat AFP-Kyriba « Stablecoins & On-Chain Liquidity in Treasury » a été conçu pour combler. Ce parcours ne vise pas à promouvoir un émetteur, un modèle ou une technologie en particulier. Il est conçu pour aider les professionnels de la trésorerie à évaluer les stablecoins avec la même rigueur qu’ils appliquent à la gestion des comptes bancaires, des rails de paiement, aux structures de liquidité et au risque financier.
L’annonce d’Open USD ne doit pas pousser les trésoriers à agir dans la précipitation. Elle doit les inciter à se préparer de manière structurée.
Les stablecoins gagnent en crédibilité parce que des institutions crédibles entrent sur le marché, et parce que les acteurs établis continuent de mûrir. Mais la crédibilité n’est pas synonyme de préparation. Pour la trésorerie d’entreprise, la question n’est plus de savoir si les stablecoins arrivent. Ils sont déjà là. La vraie question est de savoir si votre cadre de gouvernance arrivera avant les questions de votre directeur financier.
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Jean-Baptiste Gaudemet
SVP Strategic Innovation Lab
Jean-Baptiste Gaudemet est SVP, Data & Analytics chez Kyriba. Leader produit FinTech chevronné et ancien dirigeant de Finastra, il apporte une expertise approfondie en gestion d’actifs de trésorerie, trésorerie, risque et banque, avec un solide track record dans l’élaboration de roadmaps stratégiques, la livraison de solutions leaders sur le marché et l’accompagnement de clients dans des initiatives de transformation. Rompu à l’IA et au machine learning, Jean‑Baptiste s’attache à transformer l’analytique avancée en capacités concrètes et à fort impact pour les clients.
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